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01_Participation gril 2026 1er webinaire

Classes populaires et politique : inégalités de représentation politique et inégalités de traitement dans les politiques publiques

Publié le 16/02/2026
Temps de lecture : 10 min
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Le 22 janvier dernier, le groupe de travail “Démocratie et Quartiers populaires” du Réseau national des centres de ressources de la politique de la ville (RNCRPV) auquel PQN-A contribue a organisé un webinaire sur les inégalités de représentation politique et les inégalités de traitement des classes populaires dans les politiques publiques.

 

Dans cet article, nous vous proposons un résumé des interventions et surtout, l'accès vers le visionnage de ce webinaire. 

 

Intervenants : 

  • Taoufik VALLIPURAM et Annie LAHMER du collectif Démocratiser la politique (Rapport “Tous les mêmes ? Portrait social de la France Politique de 2002 à nos jours”),
  • Nicolas RIO et Manon LOISEL de Partie prenante (Pour en finir avec la démocratie participative, Textuel, 2024),
  • Hélène HATZELD, Violette ARNOULET et Claudette LAFAYE, co-autrices de l’ouvrage Élus des banlieues populaires (Puf, 2026).

Visionner le webinaire

Contexte

En 2026, le Réseau national des centres de ressources politique de la ville (RNCRPV) lance une nouvelle saison de "La participation sur le gril", cycle de webinaire sur la démocratie dans les quartiers populaires et la participation citoyenne. Le webinaire du 22 janvier 2026 est le premier webinaire de cette nouvelle saison.

Aujourd’hui, 32% des Français et des Françaises appartiennent aux classes populaires. Et pourtant, 4% seulement des parlementaires français sont issus de classes populaires. Aux dernières élections européennes, 87% des députés européens français sont issus des classes supérieures.

Ce webinaire s’est interrogé sur les questions suivantes : quelle place pour les classes populaires dans les listes électorales ? Quelles représentations parmi les élu·es? Comment expliquer leur sous-représentation dans l’exercice du pouvoir politique ? Quelles pistes pour que les politiques publiques prennent mieux en compte leurs aspirations, besoins et intérêts ? 

I. La représentation politique des classes populaires : état des lieux

Le projet du collectif Démocratiser la politique (DLP) est né en 2022 à l’issue des élections présidentielles puis législatives. Il part d’un constat : les élections n’ont pas été pensées, préparées et organisées, avec les personnes de milieux populaires, pourtant légitimes dans leurs aspirations à se présenter et à représenter les classes populaires, du fait de leur trajectoire politique, sociale et militante. Une fois constituée, la classe politique dominée par les classes supérieures, s’organise et se répartit les différentes formes de pouvoir nécessaires pour s’y maintenir et pour y écarter et évincer les classes populaires.

Émerge alors pour le collectif DLP la volonté d’objectiver ce constat pour dénoncer et rendre visible ce phénomène. Pour ce faire, plusieurs travaux de recherche ont été menés par DLP, rassemblant détenteurs de savoirs scientifiques et de savoirs expérientiels des milieux populaires.

Dans ce webinaire, Taoufik Vallipuram revient sur deux des travaux réalisés par DLP : 

  • Sur un plan qualitatif, des ateliers de socioanalyse narrative menés par 42 co-chercheurs et co-chercheuses avec des personnes d’origine de classes populaires (élues et non élues) à Roubaix, dans l’Ain, en région parisienne et à Marseille, qui ont fait part de leur parcours et échangé afin de tirer collectivement des conclusions collectives issues de leurs expériences respectives.
  • Sur un plan quantitatif, l’analyse de données inédites pour étudier l’ensemble des candidatures et des trajectoires des candidats et candidates qui se sont présentés à l’ensemble des élections, depuis 2002. Grâce au travail du collectif DLP, une base de données exploitable en open data est désormais disponible. Ce travail d’analyse leur a permis d’élaborer un “portrait social de la France des candidats élus”.

Ces travaux mettent en avant plusieurs résultats, parmi lesquels : 

  • Il existe un fort intérêt des classes populaires pour la politique. Toutes élections confondues, 23% des candidats sont issus de classes populaires.
  • On constate une diminution progressive au fil des années des candidatures des personnes issues de classes populaires et de leur accès au pouvoir politique.
  • Modélisation du “plafond de verre aux élections municipales” par classe sociale : quelle que soit la géographie du territoire étudié, il existe un plafond de verre pour les candidats des classes populaires, démontrant l’impossibilité pour ces candidats à se faire une place en politique. 
  • L’escalier du pouvoir : plus on monte dans la hiérarchie des élections politiques (municipales > départementales > régionales > législatives et sénatoriales > européennes), plus le pourcentage de personnes appartenant aux classes populaires effectivement élues diminue. 

 

En Seine Saint-Denis, une équipe de chercheuses ont mené une enquête sur le renouvellement du personnel politique municipal entre 2001 et 2020, alliant approche quantitative (recensement des candidats, élus et exécutifs municipaux et communautaires de Seine Sainte-Denis) et qualitative (60 entretiens approfondis entre 2014 et 2024). Cette enquête adopte une approche intersectionnelle en s’intéressant à la (mal) représentation politique de trois types de profils : les femmes, les personnes issues des classes populaires et les populations racisées.

Les résultats de cette enquête démontrent l’existence de trois inégalités de représentation politique qui s’articulent entre elles : 

  • Des inégalités sociales de représentation politique importantes : lors des élections de 2020, seul 1% des élus sont des ouvriers en Seine Saint-Denis et 10% des élus sont des employés ;
  • Des inégalités genrées de représentation politique : les femmes représentent cinq sur quarante des maires élus en 2020 ; 
  • Des inégalités raciales de représentation politique : sept maires sont racisés en 2020, mais aucune femme racisée n’a été élue maire de façon permanente (seulement en intérim).

 

Dans leur ouvrage Pour en finir avec la démocratie participative, Nicolas Rio et Manon Loisel apportent un regard complémentaire sur la question de la représentation politique, issu de leur expérience d’accompagnement des collectivités locales sur la participation dans les quartiers de la politique de la ville. 

Ils font notamment le lien entre la mal représentation politique et la logique d’abstention aux élections : “la sociologie des élus correspond à la sociologie des votants” ; “la sociologie des abstentionnistes correspond aux profils invisibilisés dans les assemblées municipales”. Aux côtés d’un entre soi “politique” dominé par les classes supérieures, les deux intervenants soulignent également une autre forme d’entre soi : celle des élus et de l’administration (notamment des directeurs) qui partagent souvent une sociologie commune. Dans le même temps, ils relèvent, a contrario, un décalage perçu par les administrations entre les représentations des élus et la réalité du vécu de la population qu’ils représentent politiquement.

II. Les effets de la mal-représentation

La mal-représentation des classes populaires n’est pas seulement une problématique démocratique et politique, c’est aussi une question d’action publique. Elle impacte la qualité de l’action publique d’une part et la capacité à produire une action publique juste et égalitaire  d’autre part. Parmi les profils mal-représentés  au sein des lieux de pouvoir, on retrouve également la catégorie des locataires. En effet, les propriétaires sont surreprésentés dans les assemblées politiques, ce qui a pour conséquence d’invisibiliser les enjeux et les intérêts des personnes locataires.

La mal représentation des classes populaires a également pour effet d’éloigner les personnes concernées des institutions et de la démocratie. Elle induit par ailleurs une forte concentration des pouvoirs aux mains d’une catégorie de la population dont les décisions ne reflètent pas  l’intérêt des classes populaires. 

III. Comment démocratiser les politiques et les politiques publiques ?

Dans son rapport, le collectif DLP propose dix objectifs pour renouveler la représentation politique sur un plan  législatif et réglementaire, et pour réformer la vie politique et l’action publique. Parmi ces mesures, figurent notamment :

  • Réformer constitutionnellement la loi pour faire de la représentation des classes sociales un principe constitutionnel de parité sociale, au même titre que la parité femmes-hommes aujourd’hui.
  • Réformer le statut d’élu : pour faciliter l’accès aux fonctions électives de toutes et tous (moyens matériels, humains et financiers, améliorer l’accès à la formation)
  • Rendre visible l’origine sociale des élus en obligeant les partis politiques à publier la composition sociale de leur liste
  • Instaurer des obligations de transparence sur les choix des investitures locales 
  • Limiter la part des classes supérieures sur les listes lors des investitures : plutôt que d’imposer un quota de candidats issus des classes populaires, DLP propose de mettre en place un seuil maximal de classes supérieures sur les listes.

Nicolas Rio et Manon Loisel s’intéressent davantage à comment faire autrement dans le fonctionnement du système politique actuel. Concrètement, cela passe notamment par l’envoi mensuel d’une “Lettre aux 500 000 futurs élus locaux” pour les outiller et les informer sur les enjeux de démocratisation de l’action publique locale. Par exemple, il s’agit de mettre à la discussion les sujets suivants : comment revoir la composition des assemblées, réinvestir socialement les assemblées pour mieux représenter la population ? Sur la question de la composition des assemblées, les deux consultants invitent les futurs élus à réaliser un travail de prise de conscience sur les biais et les limites de la représentativité. Ils mènent également toute une réflexion sur la prise en compte de l’absence d’une partie de la population au sein des assemblées, notamment par le biais du mécanisme du tirage au sort, dont ils proposent de se servir pour mieux représenter les classes populaires. 

Les co-chercheuses en Seine Saint-Denis, qui ont pu constater les limites et les avancées relatives aux logiques de représentativité politique sur leur territoire, pointent deux pistes d’action : 

  • Développer les listes citoyennes : depuis 2014, ce type de liste se multiplie. C’est un moyen pour valoriser d’autres formes de pouvoir. Mais elles comportent aussi de fortes limites, tant sur la forme que sur le fond. 
  • Objectiver les inégalités de représentation par des enquêtes spécifiques à diffuser sur l’ensemble du processus politique (de la constitution des listes à l’attribution des délégations dans les exécutifs) pour encourager les prises de conscience et les changements dans l’échiquier politique et administratif. 

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