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Comment agir sur la santé des habitants de votre territoire ?

Publié le 05/10/2026
Temps de lecture : 15 min
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La santé est souvent associée aux soins et à l'hôpital. Pourtant, l'état de santé des habitants dépend largement d'autres facteurs : la qualité du logement, l'accès à une alimentation équilibrée et à des activités sportives, les possibilités de déplacement, la qualité de l'environnement, le lien social ou encore les conditions de travail.

 

Même sans compétence obligatoire en matière de santé, les collectivités influencent donc quotidiennement la santé et le bien-être de leurs habitants à travers de nombreuses politiques publiques.

 

Sommaire

Cet article propose de répondre à cinq questions clés :

  • Pourquoi la santé est-elle un enjeu territorial ?
  • Comment identifier les besoins de son territoire ? 
  • Quels partenaires mobiliser ?  
  • Quels dispositifs utiliser ?  
  • Sur quels leviers agir concrètement ?

 

Pourquoi la santé est-elle un enjeu territorial ?

La santé se construit dans les territoires

L'Organisation mondiale de la santé définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social ». Si l'accès aux soins reste essentiel, il n'explique qu'environ 15 à 20 % des facteurs qui influencent la santé. Le reste dépend des conditions dans lesquelles les personnes naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent, des conditions que les collectivités contribuent chaque jour à construire. 

Bien que les villes ou intercommunalités n’aient pas de compétence obligatoire en matière de santé, elles fabriquent de la santé, qu’elles le veuillent ou non. 


 

Lucille Robert, du centre Polaris au CHU de Bordeaux

À travers leurs politiques d'urbanisme, de mobilité, d'alimentation, d'environnement ou de développement social, les collectivités contribuent à créer (ou non) des environnements favorables à la santé. Cette vision est portée depuis plusieurs décennies par la Charte d'Ottawa (1986), qui considère que l'amélioration durable de la santé passe avant tout par l'amélioration des conditions de vie.

En France, plusieurs programmes nationaux, déclinés ensuite plus localement, ont la même ambition : agir en amont des problèmes de santé en prenant en compte les conditions de vie des habitants.
 

Les cadres nationaux et régionaux : une architecture à connaître

Les politiques de santé s’organisent à plusieurs échelles. 

Au niveau national, plusieurs stratégies structurent l’action et ouvrent des financements pour les territoires. La Stratégie Nationale de Santé (SNS) fixe les grandes priorités de santé publique.

Elle se décline sur le champ de l’alimentation et de la nutrition via le Programme national nutrition santé (PNNS), le Programme National pour l’Alimentation (PNA) et, depuis 2026, la Stratégie Nationale pour l’Alimentation, la Nutrition et le Climat (SNANC), qui intègre explicitement les enjeux environnementaux et l’approche One Health.

Cadres santé OK
  • Le Projet régional de santé (PRS), porté par l’ARS Nouvelle-Aquitaine, décline les priorités nationales à l’échelle régionale et cadre les démarches locales (CLS, ASV, CLSM). 
  • Le Plan régional santé environnement (PRSE), co-piloté par l’ARS, l’État et la Région, traduit l’approche One Health sur les enjeux agriculture-alimentation-santé-environnement. 
  • La feuille de route Néo Terra de la Région Nouvelle-Aquitaine complète ce panorama en intégrant la santé dans la transition écologique.

Le concept « Une seule santé »

L’approche One Health, qui constitue l’un des fondements de la SNANC, repose sur un constat simple : la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes sont indissociables. 

Environ 60 % des maladies infectieuses humaines sont d’origine animale. La dégradation des milieux naturels, la perte de biodiversité et la contamination des sols ou de l’eau créent les conditions favorables à l’émergence de nouveaux risques sanitaires.  

Cette approche transversale est également au cœur du PRSE, qui vise à mobiliser l'ensemble des acteurs territoriaux afin que chacun agisse, à son niveau géographique, dans le cadre d'une action collective coordonnée.

Pour les collectivités, adopter l’approche One Health, c’est reconnaître que chaque décision d’aménagement, d’agriculture ou d’alimentation a des effets en cascade sur la santé. Un projet alimentaire territorial, la végétalisation des espaces publics, la préservation de la qualité de l’eau ou la réduction des produits phytosanitaires produisent simultanément des bénéfices sanitaires, environnementaux et sociaux. 

Des inégalités de santé qui varient selon les territoires

Les enjeux de santé concernent autant les territoires urbains que les territoires ruraux ou périurbains, mais ils s'y manifestent de manière différente.  Selon l’ORS Nouvelle-Aquitaine, l'écart d'espérance de vie peut atteindre dix ans entre les quartiers les plus favorisés et les quartiers prioritaires de la région.


Par ailleurs, en milieu rural 20 % des communes ne disposent pas de médecin généraliste (Baromètre Santé Publique France, 2026) et les maladies chroniques sont deux à trois fois plus fréquentes dans les territoires les plus défavorisés (ARS Nouvelle-Aquitaine, 2025).
 

Ces écarts résultent rarement d'un seul facteur. Ils s'expliquent par l'accumulation de difficultés : faibles revenus, isolement social, habitat dégradé, difficultés de mobilité, accès limité aux services ou exposition à des environnements dégradés. 

Comment identifier les besoins de son territoire ?

Avant d'agir, il est essentiel de disposer d'un diagnostic partagé. Les données permettent d'objectiver les constats, d'identifier les populations les plus exposées et de construire une vision commune avec les partenaires locaux.

En Nouvelle-Aquitaine, l'Observatoire Régional de la Santé (ORS) met à disposition deux plateformes complémentaires :

  • OCARINA rassemble des indicateurs relatifs à la démographie, l'emploi, l'éducation, le logement, les prestations sociales et l'accès aux soins. Elle permet d'identifier les fragilités sociales susceptibles d'affecter la santé des populations.
  • ORSE est consacrée à la santé environnementale. Elle explore les données liées aux pollutions, aux mobilités, au climat, à l'agriculture et à la qualité des milieux de vie.
     

Ces outils constituent souvent une première étape pour prioriser les enjeux et orienter l'action. Le Baromètre de Santé Publique France apporte en complément des données sur les comportements et perceptions de santé des habitants de la région.

Pour aller plus loin, l’Agence Régionale de Santé Nouvelle-Aquitaine (ARS N-A) et PQN-A ont engagé une étude en 2026 à l’échelle des EPCI afin de mieux comprendre les enjeux de nutrition (alimentation, activité physique et sédentarité) dans les territoires. Elle vise à identifier les zones les plus concernées et à fournir aux collectivités des éléments d’aide à la décision pour cibler leurs actions. 
 

Quels partenaires mobiliser ?

La santé ne se pilote pas seul, c’est une responsabilité partagée. L’Agence Régionale de Santé (ARS) est le premier interlocuteur pour identifier les enjeux prioritaires et mobiliser les dispositifs adaptés. 

L’Observatoire régional de la santé (ORS) apporte les données nécessaires au diagnostic territorial. Promotion Santé Nouvelle-Aquitaine accompagne les collectivités dans l’animation de démarches locales et le développement d’actions de prévention.

Selon les enjeux identifiés, d’autres acteurs peuvent être associés : établissements et professionnels de santé, Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), associations, établissements scolaires, acteurs du sport ou de la culture, organismes de protection sociale, bailleurs sociaux. 

D’autres structures régionales peuvent également être mobilisées : Gérontopôle Nouvelle-Aquitaine, CREAI, Polaris, Mutualité Française, Réseau français Villes-Santé ou ADEME Nouvelle-Aquitaine. 

La Région Nouvelle-Aquitaine : un rôle structurant

La Région met en œuvre des politiques publiques qui participent à la promotion de la santé et agissent sur les déterminants de santé des habitants.

À travers ses politiques en faveur des transports régionaux, de l'aménagement du territoire (SRADDET), de la transition écologique (NéoTerra), de l’agriculture et l'alimentation, du développement économique, de la formation ou encore des lycées (et leur restauration collective), elle agit simultanément sur presque la totalité des déterminants et contribue directement à réduire les inégalités territoriales.

Elle est également co-pilote du PRSE avec l’État et l’ARS, ce qui en fait un interlocuteur clé pour les démarches de santé environnementale. Pour les PAT, la Région joue un rôle de financeur et d’animateur du réseau régional, en lien avec la DRAAF. 

Les Départements : des acteurs de proximité indispensables

Les Départements exercent des compétences sociales et médico-sociales qui en font des acteurs de premier plan dans la prévention et la réduction des inégalités de santé.

  • Protection Maternelle et Infantile (PMI) : suivi des grossesses, consultations de nourrissons, soutien à la parentalité. La PMI est l’un des dispositifs les plus efficaces pour réduire les inégalités dès le plus jeune âge.
  • Protection de l’enfance et action sociale : accompagnement des familles en difficulté, RSA, lutte contre la précarité — la précarité étant l’un des premiers déterminants de santé.
  • Autonomie des personnes âgées et en situation de handicap : APA, adaptation du logement, prévention de l’isolement.
  • Données et diagnostic : les Départements disposent de données précieuses (PMI, action sociale) très utiles pour affiner le diagnostic territorial de santé, avant même d’engager des actions.

Quels dispositifs utiliser localement ?

Le choix des outils dépend des enjeux identifiés localement et du degré de structuration de la démarche.

Les Contrats Locaux de Santé (CLS), élaborés conjointement avec l'ARS, permettent de définir une stratégie territoriale partagée autour de la prévention, de l'accès aux soins et de la réduction des inégalités. Dans les territoires concernés, les Ateliers Santé Ville (ASV) constituent un levier opérationnel du CLS à l'échelle des quartiers prioritaires. Ils favorisent l'identification des besoins des habitants, la coordination des acteurs locaux et la mise en œuvre d'actions de proximité visant à réduire les inégalités sociales et territoriales de santé. 

Les ASV ont permis de recréer du lien entre les habitants et le système de santé. À Angoulême, les permanences mobiles ont touché des publics qui n’osaient pas pousser la porte d’un cabinet médical. Aujourd’hui, nous observons une hausse de 25 % des consultations préventives dans les QPV.

Isabelle Moreau, médecin coordinatrice ASV, ville d’Angoulême (Rapport « Les ASV en N-A », PQN-A, mars 2025)

Les Conseils locaux de santé mentale (CLSM) offrent un cadre de concertation entre élus, professionnels, associations et habitants pour mieux prendre en compte les enjeux de santé mentale.
 

D’autres démarches constituent également des points d’entrée pertinents :

  • les Projets alimentaires territoriaux (PAT) pour agir sur l’alimentation, l’agriculture et la précarité alimentaire ;
  • les Plans Climat-Air-Energie Territoriaux (PCAET) pour articuler santé, environnement et adaptation climatique ;
  • les démarches d’urbanisme favorable à la santé, dont les Études d’Impact sur la Santé (EIS), pour intégrer les enjeux sanitaires dans les projets d’aménagement ;
  • les Contrats pour la Réussite de la Transition Ecologique (CRTE), qui favorisent une approche transversale des politiques publiques.

Dans les quartiers prioritaires : des dispositifs spécifiques

Dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, les contrats de ville 2024-2030 intègrent la santé parmi leurs priorités stratégiques. Les collectivités y interviennent sur la promotion de la santé, l'accès aux soins, la santé mentale, les addictions ou encore la santé des femmes. En complément des ASV et des CLSM, des dispositifs comme les Programmes de Réussite Éducative (PRE), les Cités éducatives ou les adultes relais et médiateurs santé permettent d'agir au plus près des habitants.

Au-delà de ces dispositifs, les collectivités peuvent également mobiliser des outils d'observation et d'évaluation pour mieux prendre en compte les effets de leurs politiques publiques sur la santé. Les Études d'Impact sur la Santé (EIS), par exemple, permettent d'anticiper les conséquences d'un projet d'aménagement, d'urbanisme ou de mobilité sur la santé et le bien-être des habitants.

L’Etude d’Impact Santé nous a ouvert les yeux : l’aménagement urbain a un impact direct sur la santé. Grâce à elle, nous avons intégré des espaces verts et des pistes cyclables dans notre projet de rénovation. Résultat : les habitants marchent plus, et les enfants ont moins d’asthme.

Pierre Lambert, maire de Bressuire - ARS, 2024

Que retenir ?

Agir sur la santé de son territoire ne consiste pas seulement à répondre aux enjeux d'accès aux soins. La santé se construit au quotidien à travers l'alimentation, l'habitat, les mobilités, l'environnement, l'emploi, l'éducation ou encore le lien social.

Pour une collectivité, la première étape consiste à mieux connaître les besoins de son territoire à partir des données disponibles et de l'expertise des acteurs locaux. Il s'agit ensuite de mobiliser les partenaires compétents, de s'appuyer sur les dispositifs existants (CLS, ASV, CLSM, PAT, PCAET, CRTE...) et d'intégrer progressivement les enjeux de santé dans les politiques publiques déjà portées par la collectivité.  

Retrouvez les leviers pour agir concrètement sur la santé des habitants des territoires dans cet article. 

La santé n'est donc pas une politique sectorielle supplémentaire. C'est une grille de lecture qui permet de concevoir des projets de territoire plus cohérents, plus inclusifs et plus favorables au bien-être des habitants. En agissant sur les déterminants de santé, les collectivités contribuent à améliorer durablement la qualité de vie de tous et à réduire les inégalités sociales et territoriales de santé.

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