La stratégie nationale pour l'alimentation, la nutrition et le climat détermine les orientations de la politique de l'alimentation durable, moins émettrice de gaz à effet de serre, respectueuse de la santé humaine, davantage protectrice de la biodiversité, favorisant la résilience des systèmes agricoles et des systèmes alimentaires territoriaux et garante de la souveraineté alimentaire, ainsi que les orientations de la politique de la nutrition, en s'appuyant sur le programme national pour l'alimentation et sur le programme national relatif à la nutrition et à la santé.
Depuis 2022, de larges concertations à plusieurs niveaux politiques et citoyens ont permis son élaboration. Cette stratégie s’inscrit dans une trajectoire impulsée par les successifs Programmes nationaux pour l’alimentation (PNA), Programmes nationaux nutrition santé (PNNS) et est intégrée dans le volet “alimentation” de la planification écologique. Son pilotage est assuré stratégiquement par le Comité interministériel et opérationnellement par les différentes directions générales relatives à l’alimentation, la santé, au développement durable et à la planification écologique. Sa déclinaison territoriale s’appuie notamment sur le réseau national France PAT ainsi que les réseaux régionaux de projets alimentaires territoriaux (PAT) comme PQN-A. Il est annoncé avec l’arrivée des dernières versions du PNA et PNNS, un document unique qui décrira l’ensemble des actions à mettre en œuvre pour la transition vers une alimentation saine, durable et accessible à tous.
En résumé, ce que nous dit la SNANC
La Stratégie nationale alimentation, nutrition et climat (SNANC) marque une évolution importante des politiques publiques alimentaires en intégrant de manière systémique les enjeux d’alimentation, de nutrition, de santé publique, de climat et d’environnement. Elle repose sur l’approche dite « Une seule santé », considérant l’interdépendance entre santé humaine, santé animale, santé des écosystèmes et durabilité des systèmes alimentaires. Cette stratégie renforce le rôle des territoires et positionne les Projets alimentaires territoriaux (PAT) comme leviers centraux de la transition.
1. Un rôle structurant renforcé pour les PAT
La SNANC vise une couverture de 80 % du territoire par des PAT reconnus de niveau 2 d’ici 2030, avec des critères renforcés intégrant l’ensemble des dimensions de l’alimentation durable : économique, environnementale, sociale et sanitaire. Les PAT sont repositionnés comme des instruments de pilotage territorial de la transition alimentaire.
Cela implique l’intégration plus explicite des enjeux de nutrition et de santé publique, un renforcement du volet social (accessibilité alimentaire, lutte contre la précarité), ainsi qu’un effort accru de suivi et d’évaluation des actions. Et en parallèle le renforcement de la gouvernance territoriale notamment avec les services chargés du déploiement des PCAET, CRTE, PLPDMA, CLS (cf page 21).
Dans cette logique, PQN-A est mandaté par l’ARS Nouvelle-Aquitaine pour accompagner les collectivités territoriales à monter en compétence sur les sujets de nutrition (alimentation, sédentarité, activité physique, image corporelle). Un sujet qui mobilise autant les agents chargés de la santé, que des PAT, de la mobilité, du sport, de la cohésion sociale ou de l’éducation.
Par ailleurs, l’appel à projets historiquement adossé au Programme national pour l’alimentation (PNA) évolue vers un appel à projets SNANC, avec une ambition et des financements accrus pour soutenir des projets opérationnels.
En Nouvelle-Aquitaine, le Pacte Alimentaire permet la déclinaison de certains objectifs de la SNANC. PQN-A accompagne le réseau des Démarches alimentaires de territoires vers l’atteinte des ambitions portées par l’Etat et la Région Nouvelle-Aquitaine.
2. La restauration collective comme levier prioritaire de transformation
La SNANC confirme et renforce le rôle stratégique de la restauration collective dans la transition alimentaire. Les objectifs issus de la loi EGAlim sont consolidés : 50 % de produits « durables et de qualité », dont 20 % de produits biologiques, diversification des sources de protéines, développement des menus végétariens, amélioration de la qualité nutritionnelle des repas et promotion du « fait maison ».
La restauration collective est également conçue comme un outil de souveraineté alimentaire et de structuration des filières locales, notamment via le recours aux circuits courts et à des approvisionnements durables. Elle joue en outre un rôle central dans la lutte contre la précarité alimentaire, mettant notamment en avant l’importance de la tarification solidaire avec le repas à 1€, et dans l’éducation à l’alimentation.
Cela implique pour les PAT, de poursuivre l’accompagnement des collectivités à l’achat public, la formation des cuisiniers, et la structuration de filières locales, notamment des légumineuses.
3. Une attention portée sur l’accessibilité sociale et la précarité alimentaire
La SNANC fixe un objectif clair d’amélioration de l’accessibilité physique et financière à une alimentation saine et durable. Elle vise notamment l’augmentation de la part de fruits et légumes dans l’aide alimentaire, le développement de la tarification sociale des cantines, ainsi que le soutien à des expérimentations locales (chèques alimentation durable, groupements d’achats solidaires, dispositifs d’aller-vers).
Les PAT sont identifiés comme des cadres privilégiés de coordination des acteurs de la lutte contre la précarité alimentaire. Un rôle qu’il reste à définir en fonction de la dynamique existante et des besoins exprimés par les acteurs déjà engagés sur le territoire.
4. Une transformation plus large de l’environnement alimentaire
Au-delà de la restauration collective, la SNANC vise à agir sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Elle prévoit un encadrement renforcé de la qualité nutritionnelle des produits transformés, une transparence accrue sur la part de produits durables dans la distribution et la restauration commerciale, ainsi qu’une réduction de la pression marketing pour les produits défavorables à la santé et à l’environnement, notamment auprès des enfants.
Elle encourage également la diversification des régimes alimentaires, en cohérence avec les recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS), avec une augmentation de la consommation de fruits, légumes, légumineuses et céréales complètes, et une réduction progressive de la consommation de viande, en particulier importée.
Pour les territoires, cela ouvre des perspectives d’action en matière de dialogue avec les acteurs économiques locaux (distributeurs, restaurateurs), d’amélioration de la visibilité des produits durables et de structuration de filières adaptées aux nouvelles orientations alimentaires.
Ressource : le projet INTERLEG porté par la Chambre d’agriculture Nouvelle-Aquitaine qui a vocation à accompagner et structurer les filières légumineuses régionales.
5. Réduction du gaspillage alimentaire et mobilisation des acteurs
La réduction de 50 % du gaspillage alimentaire constitue un objectif réaffirmé, avec un renforcement des dispositifs de contrôle et d’accompagnement. Les réseaux territoriaux de lutte contre le gaspillage alimentaire sont appelés à jouer un rôle accru.
Cela suppose la mobilisation de la restauration collective, des entreprises agroalimentaires, de la distribution et des associations locales et de s’appuyer sur des acteurs régionaux tels que le CREPAQ.
En Nouvelle-Aquitaine, dans sa nouvelle version actualisée en 2025 jusqu’en 2027, le Pacte Alimentaire inscrit une quatrième ambition : Mobiliser et accompagner tous les acteurs de la chaîne alimentaire dans la prévention et la réduction du gaspillage alimentaire.
6. Information, éducation et accompagnement des changements de comportements
La SNANC accorde une place importante à l’information des consommateurs (étiquetage nutritionnel et environnemental, saisonnalité, origine), aux campagnes de sensibilisation, ainsi qu’au renforcement de l’éducation à l’alimentation, notamment en milieu scolaire.
Les PAT sont encouragés à développer ou, en fonction du besoin des acteurs locaux, à faciliter la mise en place d’actions pédagogiques, à favoriser les liens entre écoles, restauration collective et producteurs locaux, et à contribuer à des événements fédérateurs autour de l’alimentation durable.
Ressources :
- l’Institut du Goût de Nouvelle-Aquitaine accompagne les acteurs locaux à l’éveille de la conscience du bien manger, de l’achat responsable, du plaisir gustatif, etc.
- Les marques Bio Sud Ouest France développée par INTERBIO Nouvelle-Aquitaine et la marque Signée Nouvelle-Aquitaine développée par l’AREA Nouvelle-Aquitaine
7. Une exigence renforcée d’évaluation et de production de données
Enfin, la stratégie met l’accent sur la recherche, l’expertise et le suivi des indicateurs relatifs aux comportements alimentaires, à la qualité de l’offre et à l’état de santé de la population, y compris en situation de précarité. Il s’agit également de mettre en évidence l’impact positif du PAT sur la préservation de la biodiversité et de la ressource en eau.
Cela implique pour les PAT de consolider les méthodologies de suivi-évaluation, en identifiant des indicateurs de suivi alignés avec les objectifs nationaux et de contribuer à la remontée d’informations permettant d’évaluer l’impact des politiques publiques.
Ressource : la Nouvelle-Aquitaine est l’une des quatre régions bénéficiant d’un accompagnement financé par l’ADEME pour la montée en compétence sur le suivi-évaluation, les résultats seront présentés lors d’un webinaire régional au début de l’été.
Conclusion
La SNANC repositionne les PAT comme des outils centraux de la transition alimentaire territoriale, avec un niveau d’exigence accru en matière de cohérence, d’ambition et d’évaluation. Elle renforce l’intégration des enjeux de santé publique, de justice sociale et de climat dans les politiques alimentaires locales.
A sa sortie, de nombreuses associations ont réagi, certaines dans une lettre ouverte avec pour tête de file le réseau Acclimat’Action. Celles-ci relèvent certaines marges de progression pour rendre cette stratégie impactante, dans un contexte où la transition agricole et alimentaire apparaît décisive pour répondre aux enjeux de santé publique et d'adaptation voire d'atténuation du changement climatique. Ces associations dénoncent notamment le manque d'obligation adressées à la publicité et à la grande distribution pour limiter la consommation de produits trop gras, trop sucrés, trop salés. C'est aussi en considérant que dans un contexte économique fragile, des moyens financiers adéquats devront être alloués pour permettre l'action des collectivités et des acteurs locaux.