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Agir sur l’alimentation, l’activité physique et la sédentarité : vers une approche systémique de la santé publique

Charlotte Genet
Publié le 17/07/2026
Temps de lecture : 7 min
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Les 26 mai, 9 et 23 juin se sont tenues les rencontres interdépartementales organisées par PQN-A sur le pouvoir d’agir des collectivités territoriales en matière d’alimentation, d’activité physique et de sédentarité. L’un des sujets phares qui a fait l’objectif de plusieurs témoignages est la nécessité de travailler ces déterminants de santé en transversalité. A travers la parole du Grand Châtellerault et du Sud Gironde, nous vous proposons un aperçu des méthodes pour instaurer cette transversalité avec succès.

La transversalité, un levier pour agir efficacement sur une compétence optionnelle

Alors même que la santé n'est pas une compétence obligatoire des collectivités territoriales, la transversalité apparaît comme un levier stratégique pertinent pour mener des politiques de santé publique cohérentes. En effet, il s’agit d’une démarche volontaire qui sous-entend donc un portage politique fort. Plusieurs raisons expliquent que certaines collectivités s’engagent à agir sur les problématiques de santé, l’une d'elles étant souvent l’accès aux soins, c'est-à-dire agir sur le manque d’offres médicales sur son territoire.

Or, comme l’a rappelé le 26 mai Elodie de la Grange, coordinatrice du Contrat Local de Santé du Sud Gironde : “seuls 20 % de l'état de santé d'une population dépend du système de soins. Les 80 % restants se jouent hors de l’offre médicale, dans les environnements de vie essentiellement”.  

Pour mieux comprendre la place des déterminants dans la santé publique et le rôle que peuvent y jouer les collectivités territoires, vous pouvez (re)lire notre article réalisé à la suite du webinaire dédié à ce sujet.

"La lutte contre les déserts médicaux, très médiatisée, est une priorité politique. Même si cette lutte est fondamentale, il devient urgent de s’attacher en priorité à la prévention, c’est-à-dire à réduire considérablement les risques de santé. Cela demande une vision à plus long terme".


 

Elodie de la Grange, coordinatrice du CLS Pôle Territorial Sud Gironde

Agir sur les environnements de vie : une mission transversale

Les environnements physique, socioculturel, économique et politique dans lesquels nous vivons conditionnent fortement nos choix et nos comportements et nos habitudes de vie. Ainsi, l'action isolée sur l'individu est souvent peu efficace. Les retours d'expérience du Pôle territorial Sud Gironde et de la Communauté d'agglomération du Grand Châtellerault le confirment : le passage à une approche systémique sur les infrastructures et les environnements de vie est la clé de la réussite

Les enjeux d'alimentation, d'activité physique et de lutte contre la sédentarité touchent à la fois à l'urbanisme, au social, à l'éducation, à la petite enfance et à la mobilité active, etc. Une approche transversale permet de répondre efficacement à ces multiples facettes plutôt que de traiter les symptômes séparément.

L'interopérabilité des outils : l'atout de la collectivité

La véritable force de la collectivité réside dans sa capacité à faire dialoguer ses outils de planification. Par exemple, l'alimentation, au-delà de son aspect purement agricole, est devenue une compétence stratégique pour les collectivités territoriales. Qu'il s'agisse de santé publique, de transition écologique ou de développement économique local, elle agit comme un fil conducteur, un pont naturel entre des enjeux que les administrations ont longtemps traité en silos. Pour les collectivités, l'enjeu ne consiste plus seulement à porter un Projet Alimentaire Territorial (PAT), mais à orchestrer une vision globale où le PAT, le Contrat Local de Santé (CLS) et le Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET) convergent vers un objectif commun : un territoire résilient, sain et durable. Ainsi, si le PAT structure la production et la distribution, le CLS apporte une expertise sur les déterminants de santé, tandis que le PCAET intègre les contraintes énergétiques et climatiques.

Cette approche transversale permet de dépasser la vision segmentée de l'action publique. En décloisonnant ces instances, la collectivité ne se contente plus de gérer des projets isolés, mais développe des programmes “nutritionnels” qui intègrent simultanément l'accès pour tous à une alimentation de qualité, l'éducation au goût, la lutte contre la précarité alimentaire, la réduction de l'empreinte carbone, l’accès facilité à l’activité physique, etc.. Cette cohérence est la clé d'une efficacité accrue des politiques publiques.

Ainsi, au Grand Châtellerault, l’enjeu de santé publique se retrouve dans le 5eme axe du PAT “Accès à une alimentation durable pour tous, la santé” et dans le PCAET en cours de révision, où la stratégie et le plan d'action intègrent la question de santé, agriculture et alimentation. Le Pôle Sud Gironde porte aussi un PAT auquel il relie directement le PCAET. “Nous avons préfiguré et préparé le PAT en collaboration avec l'organisme de gestion des ordures ménagères”. La transversalité sur ce territoire a été enclenchée grâce au CLS (qui dispose du même périmètre d’intervention géographique que le PAT et le Pole Territorial) : “C’est un accord stratégique sur 5 ans qui engage 20 structures signataires  avec une gouvernance dédiée (1 comité de pilotage tous les 12/18 mois et des comités techniques trimestriels)”.

Travailler de manière transversale aide à aligner les priorités de différents services (santé, urbanisme, technique) pour construire des environnements durablement favorables au bien-être de tous.

Les conditions de réussite opérationnelle à la transversalité

L'acculturation des agents : une montée en compétence nécessaire

Pour que cette transversalité ne reste pas une intention théorique, elle exige une mobilisation active de l'ensemble des acteurs territoriaux. Il ne s'agit plus seulement pour les coordonnateurs de PAT de se spécialiser, mais bien de créer une culture commune au sein des services.

L'enjeu est de permettre à chaque agent — qu'il soit chargé de l'urbanisme, des espaces verts, de la commande publique ou de la santé — de comprendre les enjeux qui se cachent derrière l'alimentation, l’activité physique et la lutte contre la sédentarité. Comme le souligne Diana Rios, chargée de mission PAT du Grand Châtellerault, “il est fondamental de s'acculturer aux questions de santé pour les coordinateurs PAT afin de mieux comprendre ce volet et de l'intégrer pleinement à nos actions ». Cette montée en expertise partagée est le socle indispensable pour dialoguer efficacement avec les acteurs du monde médical, les producteurs locaux et les citoyens.

Elodie de la Grange souligne l’importance de “parler un langage commun entre les différents domaines professionnels : le soin, l'alimentation, la jeunesse, le grand âge…. Les priorités ne sont pas les mêmes, il faut du temps pour apprendre à se connaître et cela passe par beaucoup de rencontres”. ll faut donc accepter de consacrer du temps à se connaître pour aligner les priorités et lever les malentendus.

Instaurer des réflexes de collaboration

L'arrivée de nouveaux décideurs représente une fenêtre d'opportunité pour réaffirmer les enjeux de santé publique comme pilier transversal à l’ensemble des politiques publiques. Pour engager durablement les élus dans cette dynamique systémique, plusieurs leviers de gouvernance peuvent être actionnés :

  • La pédagogie par l'interconnaissance : pour Garance Leblanc Lancereau, chargée de mission CLS du Grand Châtellerault, il est crucial de « parler des sujets transversaux (PAT, CLS...) aux nouveaux élus dès leur prise de fonction afin de donner du sens aux actions en cours". Une pratique efficace consiste à les inviter aux COPILs des uns et des autres pour favoriser la fertilisation croisée entre les différents plans d'action (PAT, PCAET, CLS). 
  • Des collaborations techniques au quotidien : dans le Grand Châtellerault, la transversalité est devenue un réflexe quotidien : les coordonnateurs pensent systématiquement à associer les collègues d'autres services dès qu'un sujet transverse émerge (ex : Politique de la Ville, aménagement du territoire, PCAET, aide alimentaire, sports, service jeunesse, petite-enfance, éducation, gestion urbaine de proximité).  

La nécessité de travailler en transversalité dépasse la simple organisation interne : elle est la condition sine qua non pour transformer l'environnement de vie des citoyens, qu'il s'agisse de favoriser les mobilités actives, d'améliorer la restauration collective ou de lutter contre la sédentarité par l'aménagement urbain.

La preuve par l’exemple

Les chargées de mission qui ont pu témoigner lors de ces journées s’accordent pour dire que la porte d’entrée du projet est un bon moyen pour changer les habitudes de travail en silos. En effet, instaurer une dynamique de travail collective se fait plus facilement et plus rapidement lorsque les acteurs se retrouvent autour d’un projet commun qui permet d’obtenir des résultats rapides. Pour le Grand Châtellerault, c’est la mise en place d'une formation à destination des accompagnateurs du temps méridien qui a lancé la dynamique. Pour Elodie de la Grange, ”les bilans chiffrés sont des exemples concrets qui permettent de faire bouger les lignes”.

En replaçant la santé au cœur de la stratégie globale de la collectivité, on change de paradigme. On ne gère plus des outils (PAT, CLS, PCAET, MSS etc.), on gère un écosystème. Cette vision intégrée permet d'anticiper les défis contemporains — qu'ils soient climatiques, sanitaires ou économiques — en agissant directement sur l’environnement de vie

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