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8. Visite départementale vue chateau T2

Les nouvelles facettes du développeur territorial ?

Publié le 11/06/2026
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Article co-écrit par Julie Chabaud Psychosociologue, tiers-veilleuse et exploratrice en climat de soin et Sarah Laurens consultante / cofondatrice du cabinet RESET 

 

Les nouveaux mots du développement territorial développés dans un précédent article interrogent fortement le rôle et les capacités des développeurs et développeuses dont les territoires et le vivant ont et auront besoin. Pour faire « atterrir » ces idées, nous proposons de les incarner au travers de quatre profils. Moins une injonction à suivre qu’une invitation à l’introspection sur ses pratiques professionnelles, les quatre profils sont présentés comme des fiches de poste des développeurs et développeurs de demain. 

Le développeur d’avenir / La développeuse d’avenir

Vos missions sont de garantir l’habitabilité du territoire afin que la vie, des humains et des autres qu’humains, puisse y prospérer aujourd’hui et demain.

 

Formé.e aux principes du vivant et à l’analyse des interdépendances, vous savez cartographier et faire dialoguer les cartes du vivant (eau, sols, biomasse) et des activités humaines du territoire Vous savez lire les tendances lourdes comme les signaux faibles qui engagent l'avenir du territoire.

 

Vous savez animer des démarches de prospective participative et de mise en récit des imaginaires locaux pour ouvrir les possibles avec l’ensemble des parties prenantes. Vous coordonnez pour cela des équipes pluridisciplinaires d’artistes, de scientifiques, de designers et d’architectes, capables de matérialiser ces possibles et de nourrir la délibération publique.  

 

Vous soutenez les démarches d’enquêtes citoyennes individuelles et collectives et accompagnez la mise en œuvre des propositions compatibles avec l’habitabilité à court, moyen et long terme.  

 

Vous avez à cœur d'élargir la vision de l'intérêt général à l'ensemble des vivants et aux générations futures. Vous pourriez pour cela animer un « Parlement des vivants et des générations à venir », qui donne voix au chapitre à celles et ceux que les décisions concernent sans qu'ils puissent s'exprimer.

 

Vous tenez vivante la mémoire des initiatives et des coopérations porteuses d'avenir, en organisant leur recensement et leur partage avec l'ensemble du territoire.

 

Votre rôle est de porter, dans chaque projet et chaque arbitrage, la voix du temps long et celle des absents pour que l'habitabilité reste la boussole du développement. 

Demain votre métier pourrait s'appeler :

Gardien ou gardienne du futur ; Garante ou garant d’habitabilité ; Emerveilleuse ou émerveilleur de territoire ; enquêteur ou enquêtrice des émergences territoriales ; Cartographe de tous les territoires du territoire ; Designer de territoire habitable 

Le développeur architecte / la développeuse architecte de projets

Vos missions sont de concevoir des projets et des modèles économiques inédits, ajustés aux ressources réelles du territoire, aux limites du monde dans lequel ils s'inscrivent et à des fluctuations de plus en plus intenses.

 

Vous ne plaquez pas de solutions toutes faites. Vous concevez sur mesure, à partir de dispositifs d’enquêtes, pour apporter des réponses situées, spécifiques, collectives aux besoins concrets des habitants et des entreprises du territoire.

 

Vous maîtrisez l'art du modèle économique pour relier ce qui était traité séparément : l’économique, l’écologique, le social. Vous savez monter des montages qui tiennent, articuler financements publics et privés, communs et marché, et inventer les formes juridiques et les gouvernances qui permettent à un projet d'exister dans la durée.

 

Vous avez à cœur d'expérimenter. Vous savez lancer des prototypes à petite échelle, en tirer des enseignements, accepter les essais qui échouent et faire grandir ceux qui tiennent. Vous travaillez par itérations plutôt que par grands plans figés.

 

Vous connaissez les ressources et les acteurs sur lesquels un projet peut s'appuyer, sur le territoire comme au-dehors. Vous savez aller chercher l'expertise qui manque et mobiliser les bonnes compétences au bon moment.

 

Votre rôle est de transformer une intention partagée en projet concret, finançable et viable, sans jamais perdre de vue ce à quoi il doit servir.

Demain votre métier pourrait s'appeler :

Architecte de projets de territoire ; Inventeur ou inventrice de nouveaux modèles ; Créateur ou créatrice de nouveaux possibles ; Designer de territoire ; Concepteur ou conceptrice de modèles économiques, écologiques et sociaux ; Bâtisseur ou bâtisseuse de communs ; Chorégraphe de coopérations productives ; Prototypeur ou prototypeuse de territoire ; Greffeur ou greffeuse de nouvelles activités ; Orfèvre de montages 

Le développeur dés-aménageur / la développeuse dés-aménageuse

Vos missions sont de développer le territoire sans l'étendre, en faisant circuler la valeur localement plutôt qu'en consommant de nouvelles ressources et de nouveaux espaces.

 

Vous prenez acte d'un changement de monde : le foncier disponible se raréfie, l'objectif « zéro artificialisation nette » redessine les marges de manœuvre, et le modèle qui plaçait l'aménagement et la commercialisation de zones nouvelles au cœur du métier touche à sa fin. Vous ne le vivez pas comme une perte, mais comme l'occasion d'un autre développement.

 

Vous êtes capable de penser le territoire comme un système qui se nourrit de lui-même. Vous travaillez à créer des boucles (matières, énergie, eau, compétences, savoir-faire) pour qu'une part croissante de ce dont le territoire a besoin soit produite, échangée et entretenue sur place. Vous cherchez à ce que la valeur créée localement reste et se réinvestisse sur place, plutôt que de fuir le territoire.

 

Vous savez regarder le territoire déjà bâti comme un gisement. Vous repérez les friches, les locaux vacants, les zones sous-occupées, les bâtiments en fin d'usage, et vous y voyez la matière première de projets nouveaux. Recycler, intensifier, transformer l'existant est votre premier réflexe avant d'envisager de construire ailleurs.

 

Vous avez à cœur de préserver les ressources naturelles du territoire (sols vivants, eau, biodiversité, terres agricoles…) que vous considérez comme un capital à transmettre, et non comme une réserve foncière en attente.

 

Votre rôle est de conduire le développement du territoire sur lui-même plutôt que son étalement : un développement qui régénère ses ressources, valorise et fait fructifier ce qui est déjà là.

Demain votre métier pourrait s'appeler :

Dés-aménageur ou dés-aménageuse de territoire ; Activateur ou activatrice de ressources dormantes ; Créateur ou créatrice de circularité ; Développeur ou développeuse de sobriété ; Recycleur ou recycleuse de territoire ; Intensificateur ou intensificatrice d'usages ; Gardien ou gardienne des ressources locales ; Tricoteur ou tricoteuse de boucles locales ; Régénérateur ou régénératrice de territoire ; Prospecteur ou prospectrice du déjà-là 

Le développeur animateur / la développeuse animatrice

Vos missions sont de créer les conditions de la confiance entre les parties prenantes du territoire et de faciliter l’entraide et des coopérations inconditionnelles par tous les temps.

 

Vous êtes capable d’inscrire les projets dans des généalogies multiples qui rendent grâce aux personnes et aux êtres vivants qui y ont vécu et qui y vivent. Vous savez collecter les petites et grandes histoires et les mettre en récit pour reconnaître l’histoire du territoire comme sol fertile pour les nouveaux projets.

 

Vous savez tisser des liens entre les personnes, les collectifs institués et non institués et rendre visibles les liens ignorés entre les thématiques tout en apaisant le rapport à la complexité et aux incertitudes. Vous animez une dynamique locale de coresponsabilité pour le bien vivre territorial.

 

Vous avez à cœur d’irriguer le territoire de retours d’expériences d’autres territoires, voisins ou éloignés, pour stimuler l’intelligence collective et la créativité locale.

 

Vous ne craignez pas les conflits et savez organiser des espaces de dialogue ouverts. Vous maîtrisez la cartographie des controverses et la construction des désaccords féconds. Vous organisez le dialogue science et société.

 

Vous connaissez les vulnérabilités du territoire et de tous ses habitants, humains et autres qu’humains. Vous savez porter attention aux rythmes et prévoir des espaces de soin des personnes et des projets.

 

Vous facilitez la mise en place de communautés apprenantes ouvertes aux habitants et habitantes de tous âges ainsi qu’aux acteurs et actrices des secteurs publics et privés. Vous soutenez la création de communs et leur large diffusion en licence libre.

 

Vous veillez à la convivialité des rencontres et à la célébration des êtres, des capacités et des ressources du territoire.

 

Votre rôle est de faciliter la mise en synergie des acteurs et des actrices, particulièrement celles et ceux qu’isolent ou s’ignorent.

Demain votre métier pourrait s’appeler :

Tisserand ou tisserande de territoire ; Révélatrice ou révélateur de liens ; Créateur ou créatrice de confiance ; Catalyseuse ou catalyseur de synergies ; Médiateur ou médiatrice de territoire ; Facilitatrice ou facilitateur des communautés apprenantes ; Encapaciteur ou encapacitrice de territoire ; Soutien de territoire ; Ménageur ou ménageuse de climat de soin ; Ethnographe de territoire ; Garante ou garant du cadre de confiance sur le territoire ; Conteur ou conteuse territoriale ; Biographe de territoire ; maïeuticienne ou maïeuticien de territoire ; Pollinisateur ou pollinisatrice de territoire ; Diplomate territorial ; Lombric territorial, Animateurice territoriale... 

Conclusion

Ces différents archétypes ne dépeignent pas un développeur idéal, qui devrait être constitué de toutes ces facettes. Ils permettent d’interroger un métier qui doit renouveler ses modalités d’action, au service d’une finalité qui demeure : assurer les conditions du bien-vivre sur les territoires.  

Ces facettes s’activent et se combinent selon les contextes, selon les territoires et les acteurs en présence. Elles illustrent la polyvalence du métier et la diversité de ses appréhensions dans les projets politiques et dans leurs traductions opérationnelles.  

A la manière du poulpe, les développeurs et développeuses font preuve d’adaptabilité. Ils recherchent l’issue, se créent les marges de manœuvre par lesquelles ils pourront agir, sans s’abimer, au service de l’habitabilité du territoire.  

Le développeur, un poulpe territorial ?  

 

« Les poulpes excellent dans l’art de la furtivité, ils en seraient les grands inventeurs. Ils ne cessent de changer de forme et de couleur, et leur usage des lieux n’échappe pas à cette règle : les seules habitudes qu’on puisse connaître aux poulpes […], c’est leur manie sans cesse de rompre avec elles […] car les poulpes ne peuvent imaginer d’autres modes d’expression que le furtif […] il faut garder en mémoire le fait que, où qu’il soit, et quelle que soit la situation, un poulpe se demande toujours : “Y a-t-il une issue ?”, et cela contamine tous ses gestes, tous ses rapports au monde." (Vinciane Despret, citée dans la Charte du Verstohlen, op. Cit. p.20) 

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