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Mobiliser un portrait de territoire au service de sa feuille de route d'inclusion numérique

Laurine Brun , Camille Tanné
Publié le 25/04/2024
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En 2024, PQN-A et Hubikoop animent un cycle d'accompagnement pour les collectivités de Nouvelle-Aquitaine qui souhaitent élaborer des feuilles de route territoriales d'inclusion numérique. Au sein de ce cycle, un  groupe de travail a été organisé le mercredi 10 avril afin d'aborder la question du portrait de territoire.

 

Qu'est-ce qu'un portrait de territoire ? A quoi sert-il ? En quoi peut-il être utile dans l'élaboration de sa feuille de route d'inclusion numérique?

 

Au programme, Ugo Soudrie, directeur d'études au cabinet COMPAS, nous a présenté leur méthode d'indice de rupture numérique et comment ils construisaient, à partir de cet indice, un portrait de territoire. Ensuite, Jérôme Valais, chef de projets numériques à la Ville et à l'agglomération de La Rochelle nous a expliqué leur démarche.

 

Voici les points clés à retenir.


 

Qu'est-ce qu'un portrait sur la fragilité numérique d'un territoire?

Un portrait de territoire, de quoi parle-t-on ?

Le portrait de territoire consiste à objectiver, puis caractériser les fragilités numériques localement. Autrement dit, il vise à identifier les zones géographiques et les publics particulièrement concernés par des situations d'exclusion numérique. Ugo Soudrie insiste sur le fait qu’un portrait de territoire permet de donner un “premier niveau de caractérisation de la population et d’avoir une vision macro de ce qu’il se passe sur le territoire”. Il permet d'informer, d'interroger la réalité locale, et est à mettre en discussion avec une démarche plus qualitative. 
 

Lorsqu'on élabore une feuille de route, il est justement important de s'appuyer sur un portrait, ou au mieux sur un diagnostic complet, afin de connaître l'état de la fragilité numérique (son intensité, et sa répartition) sur son territoire. Il permet de prendre conscience de la situation et de partager les enjeux localement, afin de savoir quelles actions mettre en œuvre pour répondre efficacement aux besoins. Ce n'est pas une réponse en soi : c'est un outil pour construire des réponses, et pour dialoguer.

Qu'est ce qui compose un portrait de territoire ?

Plusieurs manières existent pour élaborer un portrait ou un diagnostic de territoire. Voici quelques pistes de production de données quantitatives. A partir de ces méthodes, des démarches plus qualitatives peuvent être engagées pour qualifier les données produites.  Par exemple, l’approche du Compas se compose de 3 axes clés.

 

Se baser sur un indice de fragilité numérique

L'indice de rupture numérique développé par le Compas est un outil qui donne une première vision de qui peut être potentiellement touché par l'exclusion numérique et permet de  comprendre quelles sont les caractéristiques de ces populations touchées.

Les cinq indicateurs utilisés pour la construction de l’indice de rupture numérique se basent à la fois sur les enseignements des études nationales (« baromètre du numérique » du CREDOC, l’étude de France stratégie « les bénéfices d’une meilleure autonomie numérique »), mais aussi sur les retours d’expérience du terrain issues sur les différents groupes de travail animés par le COMPAS. 
 

  1. La part des personnes immigrées : au sens de l’INSEE. Cette notion peut recouper des situations très diverses. Cependant, elle s’accompagne souvent de situations sociales moins élevées, d’un besoin de réalisation de démarche importante et qui, compte tenu de la dématérialisation, peuvent accentuer le frein lié à la barrière de la langue. 
  2. Les 15 ans et plus sans emploi: cela peut concerner des actifs sur le marché du travail qui compte tenu du fonctionnement actuel du marché de l’emploi peuvent avoir des démarches administratives régulières à réaliser en ligne. 
  3. Les bénéficiaires des minima sociaux: au même titre que les personnes sans emploi, être bénéficiaire des minima sociaux, c’est être amené à faire valoir un certain nombre de droits (APL, RSA, etc.) qui se réalisent en ligne. C’est aussi, peut-être, avoir des difficultés pour s’équiper pour des raisons budgétaires (ordinateurs, imprimante, smartphone). 
  4. Les bas niveaux de formation: les études le montrent, être peu qualifié est souvent associé à une moins grande maîtrise des usages « experts » du numérique, et donc rencontrer davantage de difficultés pour les démarches administratives liées à l’emploi ou aux prestations sociales. 
  5. Les 70 ans et plus: toutes les études montrent qu’il s’agit encore aujourd’hui de la population la moins connectée et la plus en distance avec les outils numériques. Ses besoins d’accompagnement sont plus importants. 

 

Leur combinaison permet d’obtenir une vision large et territorialisée de l’intensité de la fracture numérique, et d’engager une réflexion sur les actions à conduire à la suite. Cet indice synthétique permet de donner un premier “repère” sur l’état de la fracture numérique potentielle sur le territoire. C’est un moyen d’objectiver rapidement les enjeux liés à la fracture numérique.
  

Au-delà de l’indice de rupture potentiel face au numérique, le Compas déploie une approche plus large complétée par deux autres éléments.

 

Constituer des typologies (de territoires, de publics)

L’indice synthétique donne un premier niveau d'intensité, néanmoins pour développer des réponses pertinentes Ugo Soudrie ajoute qu’il est intéressant de comprendre “les typologies de publics qui caractérisent la fragilité numérique sur les territoires”. Deux territoires pouvant avoir un niveau de rupture numérique potentiellement élevé, ce n’est pas pour autant que les typologies de publics qui caractérisent ces territoires seront les mêmes. 

La typologie permet ainsi de regrouper dans une même classe des territoires qui ont des dynamiques proches concernant les précarités socio-économiques des populations résidentes. Cela permet de mieux caractériser les  besoins potentiels des habitants d’une “zone” au regard de leur profil et ainsi construire des interventions adaptées à ces derniers. 

 

Mettre en regard les besoins et les réponses existantes

Au-delà de l’identification de zones en risque de fragilité, le Compas interroge les réponses qui existent face aux besoins. L’objectif étant de “mettre en rapport l’intensité de la rupture numérique avec l’offre disponible” précise Ugo Soudrie. Le second niveau consiste à qualifier les offres correspondantes : il peut y avoir des zones très fragiles, et des réponses présentes mais ces dernières ne sont pas toujours adaptées aux besoins. Il est nécessaire de s’interroger sur la répartition de l’offre, de la qualifier (quel type d’offre est disponible sur le territoire) et de questionner sa pertinence au regard des typologies de populations précédemment identifiées. 

Le programme Société Numérique de l’Agence Nationale de la Cohésion des Territoires (ANCT) a déployé une cartographie, alimentée par les structures locales permettant de recenser l’offre de médiation numérique existante sur les territoires. Il n’est pas toujours aisé d’avoir une vision “fine” de l'écosystème car toutes les structures ne sont pas recensées sur la cartographie nationale, c’est pourquoi il est indispensable de compléter ce recensement avec la connaissance locale des acteurs. Il faut intégrer une dimension “dynamique” au travail, en questionnant également les projets “en cours de déploiement” qui ne figurent pas dans le recensement de l’offre. 

 


Partager les résultats avec les acteurs locaux 

La dernière étape essentielle de la construction d’un portrait de territoire est de mettre en débat les données produites avec les acteurs locaux. Il est important d’interroger la réalité locale avec une démarche plus qualitative. Les données doivent être confrontées à la situation vécue par les acteurs de terrain. Elles peuvent servir à ouvrir le dialogue afin d’affiner et co-construire un diagnostic partagé. Les données “brutes” constituent un premier état des lieux, une “photographie à un instant T” mais ne sont pas exhaustives, elles sont mouvantes et doivent être questionnées par les acteurs de terrain. 

La question de l’interprétation des données par les acteurs est essentielle. Si on veut produire des diagnostics opérants pour l’action, il est nécessaire que les acteurs locaux, et notamment les élus, puissent comprendre la manière dont les données ont été construites, afin de saisir ce qu’elles disent et ce qu’elles ne disent pas. 

Le portrait de territoire permet de créer de l’interconnaissance entre les acteurs, il rend lisible les problématiques du territoire et l’offre disponible. Il peut permettre d'enclencher une dynamique collective sur le sujet.  

 

👉 Les feuilles de routes territoriales doivent s’appuyer sur ce type de portrait, permettant d’avoir une vision de l’état de la fragilité numérique sur son territoire (intensité, répartition). Il permet d’identifier les besoins et les publics à cibler pour les futures actions à mener. 
 

Retour d'expérience : La Rochelle Agglomération

Jérôme Valais, Chef de projet Numérique à la Ville et à l’Agglomération de la Rochelle, revient sur leur démarche de construction d’un diagnostic territorial. Initiée en 2019, la première étape de leur démarche de construction d’une feuille de route inclusion numérique a été de produire un diagnostic de territoire. 

Comment avez-vous construit votre diagnostic territorial ?

Nous sommes partis de l’indice de fragilité numérique créé par Incub’O / SGAR Occitanie et repris par la MedNum. On a recréé l’indice de fragilité qui était fait pour une région pour voir s’il pouvait être repris sur un territoire plus petit à l’échelle d’une EPCI et d'une ville. On a repris cet indice sur les deux axes existants: accès (équipements et information) et compétences (administratives et numériques). Ce qui a pu ressortir, ce sont les disparités territoriales sur la ville de La Rochelle avec les QPV notamment, mais aussi des fragilités au niveau du centre ville et des Minimes (quartier étudiant). 

Au début, cela a permis de lancer le débat. Le COPIL réunissait plusieurs acteurs : l’agglomération, la ville, la CAF, le département, etc. Nous avons discuté des chiffres, et questionné la vision de chacun autour de la table sur cet indice de fragilité numérique. Cela a donc permis de lancer le débat, de discuter sur les différents types de population qui n’avaient pas accès au numérique et les différents types de territoires. C’était la force de cet indice quantitatif. 

Ensuite, en février 2020, nous avons détaillé plus précisément la manière dont nous avons réalisé cet indice de fragilité par communes, via une lettre d’information communautaire diffusée aux habitants. 

Nous avons ensuite souhaité aller plus loin : nous avons donc élaboré notre feuille de route inclusion numérique, qui se basait sur un diagnostic territorial avec cette partie quantitative que nous avons complété par des études qualitatives. Nous avons organisé des focus group où nous avons réuni différents acteurs : élus,  agents des communes, associations, usagers (jeunes et âgés) de différents territoires, de manière à valider où non les informations apportées par les données quantitatives. 

Nous avons eu la chance d’avoir une conseillère numérique, sociologue de formation, qui a réalisé une enquête “Numérique et vous”  en faisant passer un questionnaire avec 1047 répondants. Elle a mélangé des données quantitatives avec des analyses qualitatives. Elle a ainsi pu mettre en évidence les différents profils de notre territoire, en questionnant les équipements , la connexion  et les usages. Cela a permis de dégager différents profils sur notre territoire avec les communes : rurales, semi-rurales, péri-urbaines et la ville centre. Elle a pu caractériser 4 grandes thématiques, et les problématiques des usagers face au numérique: connexion, matériel, rapport au numérique. 

Le diagnostic nous a donc permis d’établir notre feuille de route inclusion numérique, qui a été travaillée par une centaine de personnes de différentes organisations, associations, collectivités, ce qui nous a permis de travailler sur les priorités d’actions à donner

Quelle a été la temporalité pour produire ce diagnostic ?

Long ! Le covid a complexifié la chose, pour réunir les personnes notamment. 

Pour l’indice de fragilité numérique, étant donné que cela n’existait pas au début, cela a mis de la charge car j’ai dû appliquer l’outil à l’échelle de l’EPCI. Aujourd’hui l’indice est disponible sur le site de la MedNum donc cela demande moins de charge.  

Concernant l’ensemble du diagnostic cela a été long, il y a eu deux diagnostics : le premier à duré 6 à 9 mois, complexifié par le covid. En charge, il a coûté environ 10/12 jours de charge, car nous avons été accompagnés par une AMO pour le faire. Concernant le rapport de la conseillère numérique, elle a mis environ 5 à 6 mois (en complément de son activité principale d’accompagnement des usagers).

Pour mettre en œuvre ce diagnostic, vous êtes-vous appuyés sur une instance déjà existante ou avez-vous créé une instance ad hoc ?

Oui, il y avait une instance dédiée qui était le COPIL inclusion numérique. Maintenant nous sommes passés à un COPIL Stratégie numérique responsable, puisque notre feuille de route inclusion numérique est une brique intégrante de toute la stratégie globale Numérique Responsable. 

L’enquête qualitative qui est arrivée après la constitution de la feuille de route, comment-vous en êtes vous servi ?

Cela a permis de compléter la feuille de route, voire de re-prioriser certaines actions. Avec la première étude nous avions une vision assez globale de l’agglomération et la deuxième qualitative, a permis de mettre en avant les quartiers prioritaires notamment, et donc de faire évoluer nos priorités d’actions. 

Dans le contexte actuel de France Numérique Ensemble, comment allez-vous mobiliser ces enquêtes au sein de la nouvelle feuille de route?

On travaille avec la préfecture et le département, on emmène notre connaissance du territoire pour alimenter les réflexions départementales. Notre objectif est d’alimenter la connaissance de notre territoire, voire plus loin, sur les axes prioritaires de la feuille de route départementale, notamment sur le reconditionnement et le matériel. La connaissance qu’on a pu produire avec ces diagnostics, on essaiera de la mettre à disposition, et c’est pour cela qu’on va participer activement aux différents axes portés par France Numérique Ensemble.  

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