Le CSC est conçu comme un outil au service des habitant(e)s du territoire, un foyer d’initiative d’habitants appuyé par des professionnel(le)s, quelle que soit la problématique, sans pour autant se revendiquer expert des thématiques soutenues, pour permettre à toute personne (et notamment à celles les plus exclues) d’être accompagnée via des actions d’écoute, de porte à porte en assurant une présence quotidienne pour repérer des problématiques et y porter une attention, pour ensuite leur proposer un espace de rencontre et de réflexion.
Pour le CSC de la Montagne verte, conduire la co-construction du projet du quartier de la Montagne verte a été un facteur d’amélioration des relations et des représentations mutuelles entre acteurs et ce à plusieurs niveaux :
- En interne au CSC : ce projet a permis de revoir le fonctionnement du CSC et d’appréhender collectivement les choses différemment.
- Entre le CSC et certains habitant(e)s très engagés sur certains sujets mais éloignés des institutions ayant participé à l'élaboration du projet : le projet a permis de nouer des liens entre le CSC et ces personnes qui, jusque-là, ne fréquentaient pas le CSC.
- Des agents de la collectivité vis-à-vis du CSC : la participation au projet a permis d’aboutir à un changement de regard de la part des agents de la collectivité sur le CSC. Ce projet a permis à ces acteurs de mieux comprendre le rôle du CSC et sa philosophie.
- Entre les associations engagées dans le projet : de nouvelles alliances se sont créées et des partenariats entre associations poursuivant des intérêts différents se sont formés grâce à des temps de débat et de confrontation pour co-construire le projet de territoire.
Marie Zegierman-Gouzou rappelle que les mobilisations habitantes se construisent rarement seules et s’inscrivent dans des écosystèmes locaux militants et dispositifs de participation qui préexistent aux projets, en prenant place dans un contexte de transformation de l’action publique, politique et du monde associatif (professionnalisation de la participation, marchandisation du monde associatif…).
En dehors des CSC, il existe aussi les tiers associatifs ou “gouvernement associatif des publics vulnérables” (Marie Zegierman-Gouzou) qui accompagnent et soutiennent les mobilisations collectives. En effet, certains groupes militants issus de la classe populaire mais provenant de fractions plus privilégiées peuvent “administrer”, “transformer” les alliances qui préexistent aux politiques participatives. Ces groupes vont constituer une interface entre les habitant(e)s et les institutions en “naviguant entre plusieurs logiques contradictoires : préserver les relations qu’ils entretiennent avec les institutions et qui conditionnent leur accès à certaines ressources financières et en même temps, protéger les habitant(e)s, faire entendre leur voix et les accompagner pour comprendre les rapports de force, maîtriser certains outils juridiques, administratifs et organisationnels, acquérir certains savoirs, médiatiser certaines luttes”.
Marie Zegierman-Gouzou relève par ailleurs que ces groupes s’inscrivent parfois dans des logiques concurrentielles face aux institutions en critiquant les dispositifs mis en place, en questionnant l’efficacité des dispositifs et en développant leurs propres dispositifs, qui viennent tout de même et à leur tour, répondre aux normes imposées par les institutions, avec des revendications et une parole des habitant(e)s traduite dans un langage “adéquat” (juridico administratif).
Selon Marie Zegierman-Gouzou, cet accompagnement vient donc à la fois renforcer les groupes grâce à des outils, des stratégies investis et en même temps, éloigner certains militants de leurs pratiques et de leurs intuitions militantes.